Comment parler à un jeune en détresse : repères concrets pour les adultes (collège, lycée)
La santé mentale des jeunes n’est plus un sujet périphérique. En France, la part des 18–24 ans concernés par un épisode dépressif est passée de 11,7% en 2017 à 20,8% en 2021, selon Santé publique France (Baromètre santé).

Les scènes sont familières pour les équipes éducatives. Un élève s’isole, décroche, change brutalement de comportement. Un autre devient irritable, voire agressif, sans motif apparent. Dans ces situations, l’adulte hésite souvent entre deux risques : minimiser par prudence, ou sur-réagir par inquiétude. Entre les deux, un constat revient : le manque de cadre.

Or, la santé mentale des jeunes n’est plus un sujet périphérique. En France, la part des 18–24 ans concernés par un épisode dépressif est passée de 11,7% en 2017 à 20,8% en 2021, selon Santé publique France (Baromètre santé).

L’enjeu devient alors très opérationnel : comment soutenir un collégien ou un lycéen en difficulté, sans s’improviser psychologue, et sans rester seul face au doute ?

Sortir du “feeling” : la logique des premiers secours en santé mentale

Le PSSM – module Jeunes (Premiers Secours en Santé Mentale) propose une réponse structurée : former des adultes au contact des adolescents et jeunes adultes à apporter une aide immédiate et proportionnée, en attendant qu’une aide spécialisée prenne le relais ou que la situation se stabilise.

Le principe est comparable aux premiers secours physiques : il ne s’agit pas de diagnostiquer, mais de sécuriser, évaluer, orienter

Ce que l’on interprète… et ce qui se joue parfois réellement

Au collège et au lycée, certains comportements sont rapidement étiquetés :

    • “provocation” quand le jeune répond sèchement,
    • “désintérêt” quand il s’absente mentalement,
    • “manque de volonté” quand il décroche.

Pourtant, dans de nombreux cas, ces signaux peuvent aussi traduire un état de stress, de fatigue, d’anxiété, ou une difficulté à réguler les émotions. Cette nuance est importante : elle évite de réduire la situation à une question de caractère, et réoriente l’action vers la relation et le cadre.

Trois erreurs fréquentes face à un jeune en difficulté

Minimiser
“C’est l’adolescence, ça va passer.” Parfois oui. Mais la minimisation peut retarder l’accès à l’aide.

Moraliser
“Fais un effort”, “reprends-toi.” Ces injonctions accentuent souvent la culpabilité et le retrait.

Faire porter la responsabilité au jeune
“Tu n’as qu’à demander de l’aide.” Or, précisément quand un jeune va mal, il a rarement les ressources pour enclencher seul les démarches.

Trois gestes utiles : écouter, repérer, orienter

Le PSSM Jeunes repose sur une logique simple, applicable dans le quotidien des établissements.

1) Écouter, sans jugement et sans “interrogatoire”

L’objectif n’est pas de “faire parler à tout prix”, mais d’ouvrir une possibilité de dialogue, avec des formulations sobres et respectueuses.

2) Repérer des signaux, sans chercher à diagnostiquer

La formation aborde les principaux troubles émergents chez les jeunes (dépression, anxiété, troubles des conduites alimentaires, dépendances, etc.) ainsi que des situations de crise (idées suicidaires, automutilations, attaques de panique, effets liés aux substances, comportements agressifs).
Ce repérage vise surtout à apprécier le niveau d’urgence et à clarifier la conduite à tenir.

3) Orienter vers les relais adaptés

Un point central consiste à savoir à qui passer la main, comment le faire, et comment rester présent sans s’épuiser ni se substituer aux professionnels.

Ce que le module apporte aux professionnels de l’éducation

Le module Jeunes est conçu pour les adultes en contact avec des adolescents et jeunes adultes. Il vise notamment à :

    • stabiliser la posture adulte dans les situations sensibles,

    • réduire le sentiment d’impuissance,

    • sécuriser l’orientation vers les ressources internes et externes,

    • améliorer l’accompagnement. 

Sur le plan pratique, le programme se déroule sur 14 heures, en groupe restreint (8 à 16 personnes), avec une pédagogie axée sur l’entraînement : exercices, mises en situation, supports vidéo et retours d’expérience. 

Une approche exigeante et résolument constructive

Parler de santé mentale des jeunes peut donner le sentiment d’un sujet lourd. Pourtant, l’enjeu n’est pas d’alarmer : il est de professionnaliser une réponse. Former les adultes, c’est réduire une partie de la “casse invisible” : isolement, décrochage, escalades relationnelles, délais d’orientation.

Ce n’est pas une promesse de “zéro difficulté”. C’est une progression concrète : moins d’improvisation, plus de repères, plus de relais.

Pour aller plus loin

Si vous travaillez avec des collégiens ou des lycéens (enseignants, CPE, AED, vie scolaire, éducateurs, intervenants associatifs), la question n’est pas “faut-il être spécialiste ?” mais : faut-il être outillé ?

Question de terrain : dans votre quotidien, ce qui manque le plus lorsqu’un jeune va mal, est-ce les mots… ou un protocole clair (quoi faire, quand, et vers qui orienter) ?

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