Santé mentale au travail : pourquoi anticiper change tout
23 milliards d’euros. C’est le coût annuel pris en charge par l’Assurance maladie pour les maladies mentales et les troubles psychiques en France, le premier poste de dépenses de cette branche de la sécurité sociale.
13 millions de Français seraient concernés, soit une personne sur cinq, selon le ministère de la Santé et de la Prévention. C’est un peu moins de la moitié des actifs en France (30 millions).
Certes, le travail ne peut pas être tenu pour seul responsable de ces chiffres. Mais pour beaucoup de personnes, il est difficilement dissociable de leur vie personnelle : ce qui se joue au bureau a un impact à la maison, et inversement. Et c’est précisément parce que ce lien existe que les entreprises ont un rôle à jouer, non pas pour se substituer aux professionnels de santé, mais pour créer les conditions d’une vigilance collective.
C’est tout l’enjeu d’une approche en deux temps : sensibiliser largement, puis outiller concrètement ceux qui sont en première ligne.
Sensibiliser : ouvrir le dialogue avant que les tabous ne s’installent
Beaucoup de situations difficiles auraient pu être évitées si elles avaient été identifiées plus tôt. Mais la santé mentale reste un sujet entouré de tabous, autant pour celui qui va mal que pour celui qui pourrait le voir venir.
C’est pour répondre à ce besoin que j’anime la Fresque de la Santé Mentale au Travail, un format collaboratif basé sur des cartes-notions, qui permet à un groupe de :
- comprendre la santé mentale avec une vision d’ensemble, au-delà des idées reçues ;
- identifier les facteurs, professionnels et personnels, qui peuvent la fragiliser ou la renforcer ;
- déstigmatiser les troubles psychiques, en sortant des tabous qui empêchent souvent d’en parler à temps ;
- ouvrir le dialogue entre des publics qui n’ont pas toujours l’occasion d’échanger sur ces sujets : managers, RH, représentants du personnel, collaborateurs.
Ce que j’observe en l’animant, c’est que ce ne sont pas les chiffres qui font bouger les choses, mais les échanges qu’ils déclenchent. Un manager qui réalise l’impact d’un comportement ou d’une remarque mal formulée. Un représentant du personnel qui comprend mieux les contraintes d’un manager. Un collaborateur qui met enfin des mots sur ce qu’il ressentait depuis des mois.
Anticiper, ce n’est pas attendre qu’un collaborateur aille mal pour en parler. C’est créer, en amont, les conditions pour que la parole circule naturellement, avant que la situation ne devienne critique.
Outiller : donner aux managers les bons réflexes au bon moment
Sensibiliser ne suffit pas toujours. Une fois le dialogue ouvert, encore faut-il savoir quoi faire des signaux qu’on observe au quotidien, en particulier à des moments clés comme la rentrée de septembre.
On imagine souvent la rentrée comme un rendez-vous dynamique, avec des collaborateurs ressourcés par leurs congés. Dans les faits, c’est surtout une période où la charge mentale repart parfois plus vite que les organisations ne s’y attendent : dossiers en attente, objectifs à relancer, équipes à remobiliser.
Pour les managers, c’est souvent à ce moment-là qu’il faut savoir repérer un collaborateur qui s’isole, qui change de comportement, qui semble « à fleur de peau » sans raison apparente. Autant de signaux qui existent généralement bien avant qu’une situation ne devienne critique. Ne pas y faire face, c’est souvent, à terme, gripper le fonctionnement d’une équipe submergée par des points de friction avant la fin de l’année.
Ce qui fait défaut n’est généralement pas la bienveillance des managers, mais les outils pour savoir quoi faire de ce qu’ils observent.
C’est tout l’objet de la formation PSSM (Premiers Secours en Santé Mentale) : donner aux équipes une méthode simple et concrète pour écouter sans jugement, repérer les signaux faibles, et orienter vers la bonne ressource, sans pour autant s’improviser psychologue.
Concrètement, c’est une formation de 14 heures, mêlant apports théoriques, mises en situation et études de cas. Dense, très pragmatique, elle outille immédiatement les managers comme les collaborateurs.
Deux leviers complémentaires, une même logique
La Fresque pour parler la Santé Mentale au Travail et la formation PSSM ne répondent pas exactement au même besoin, mais elles s’inscrivent dans la même démarche : ne pas attendre qu’une situation devienne critique pour s’en préoccuper.
La première ouvre le dialogue à l’échelle d’un collectif, en réunissant des publics qui n’échangent pas toujours sur ces sujets. La seconde donne des outils concrets et opérationnels à ceux qui sont en première ligne pour repérer et orienter.
Anticiper la rentrée, ou plus largement la vie de vos équipes, c’est aussi cela : donner à vos collaborateurs et à vos managers les moyens d’agir avant que les difficultés ne s’installent.

