Actualité : La France a franchi le cap des 300 000 secouristes en santé mentale formés, a annoncé l’association PSSM France en avril 2026 : l’objectif public était fixé à 2027, il est atteint avec de l’avance, et la barre est désormais placée à 750 000 personnes formées d’ici 2030 (Egora, 24 avril 2026). Derrière ce cap, une question très concrète revient dans presque chacune de mes interventions en entreprise : faut-il envoyer quelqu’un en formation PSSM, et si oui, qui exactement ? C’est ce que je détaille ici.
Je suis RH à temps partagé et formatrice en premiers secours en santé mentale. Cet article s’adresse aux RRH, responsables formation et directions de site qui entendent parler du PSSM sans savoir ce qu’il y a derrière le sigle : ce que la formation apprend, comment se passent les deux jours, et comment choisir les personnes à former.
La formation PSSM (premiers secours en santé mentale) est un programme de deux jours qui apprend à repérer les signes de souffrance psychique chez un collègue, à engager la conversation et à orienter vers l’aide adaptée. Le secouriste formé n’établit aucun diagnostic et ne soigne pas : il fait le premier pas, puis passe le relais.
La formation PSSM, qu’est-ce que c’est exactement
PSSM veut dire « premiers secours en santé mentale ». C’est la déclinaison française d’un programme international né en Australie, Mental Health First Aid, qui a formé environ 8 millions de personnes dans le monde (Egora, 24 avril 2026). En France, il est porté par l’association PSSM France, seule structure détentrice de la licence du programme.
Conséquence pratique : une formation PSSM ne se bricole pas en interne, contenu standardisé, formateurs accrédités, statut de secouriste reconnu à la sortie. Je suis l’une de ces formatrices, et c’est à ce titre que j’écris.
L’analogie que j’utilise en ouverture de session est celle du secourisme physique : on ne demande pas à un sauveteur secouriste du travail de recoudre une plaie, mais de savoir quoi faire dans les minutes qui suivent. Le secourisme en santé mentale suit la même logique.
Ce que le PSSM n’est pas
- Ni une formation au management, ni une formation à l’entretien difficile.
- Ni un dispositif de repérage : le secouriste n’a pas à « détecter » des cas.
- Ni un accompagnement thérapeutique, ni un substitut à la médecine du travail.
- Ni une réponse à un problème d’organisation : une charge intenable reste une charge intenable, même avec des secouristes formés.
Ce que la formation apprend, concrètement
La colonne vertébrale des deux jours est un plan d’action en cinq étapes, résumé par l’acronyme AERER. On l’apprend, on le décortique, puis on le rejoue en mises en situation jusqu’à ce qu’il devienne un réflexe :
- A : Approcher la personne, évaluer la situation, l’assister si elle traverse une crise.
- E : Écouter activement, sans juger et sans régler le problème à sa place.
- R : Réconforter et donner une information fiable sur ce qui aide.
- E : Encourager à aller vers un professionnel adapté.
- R : Renforcer le recours aux autres soutiens : proches, pairs, ressources internes.
Autour de ce plan, la formation aborde les troubles les plus fréquents (dépression, troubles anxieux, troubles liés à l’usage de substances, troubles psychotiques) non pour apprendre à les nommer chez quelqu’un, mais pour cesser d’en avoir peur et savoir quels signaux doivent alerter. Elle traite aussi des situations de crise : idées suicidaires, attaque de panique, réaction à un événement traumatisant.
Deux jours, en présentiel, en petit groupe, avec une large place laissée aux jeux de rôle. Ce qui change à la sortie n’est pas un savoir académique : c’est de ne plus rester bloqué à la première phrase. « Comment lancer le sujet sans être maladroit ? » est d’ailleurs la question qui revient le plus souvent quand j’anime une session, bien avant les questions sur les troubles eux-mêmes.
Le secouriste oriente, il ne soigne pas
C’est le point sur lequel je ne transige jamais. Le secouriste en santé mentale oriente, il ne soigne pas. Il ne pose pas de diagnostic, ne donne aucun conseil thérapeutique et ne se substitue à aucun professionnel de santé. Une entreprise qui forme des secouristes en pensant avoir « réglé » la santé mentale se trompe de dispositif, et met ses volontaires en difficulté.
Le secouriste est un premier maillon dont le travail consiste à faire exister le maillon suivant. Ce maillon-là se cartographie avant la formation, pas après : service de prévention et de santé au travail, médecin traitant, psychologue, ligne d’écoute interne. Depuis l’arrêté du 17 juin 2026, le dispositif public Mon soutien psy ouvre par ailleurs 12 séances par an chez un psychologue conventionné, en accès direct, prises en charge à 60 % par l’Assurance Maladie (annuaire : monsoutienpsy.ameli.fr).
Où s’arrête mon rôle. Je suis RH et formatrice, je ne suis ni médecin, ni psychologue. Rien de ce que j’écris ici ne remplace un avis professionnel, et je n’interviens jamais sur une situation individuelle. Les bons interlocuteurs sont le médecin du travail, le médecin traitant ou un psychologue. En cas de danger immédiat, le 15. Et le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit et accessible 24h/24 et 7j/7.
Qui former en priorité dans l’entreprise
C’est la vraie question, et presque toujours celle qu’on me pose en dernier. Quand j’interviens en entreprise, je vois surtout des listes bâties depuis le siège : les noms sont arrêtés en réunion RH, sans qu’on ait demandé aux équipes vers qui elles vont déjà spontanément. Deux réponses spontanées reviennent : « tout le monde » et « les RH ». Les deux me paraissent mauvaises, pour des raisons différentes. Le tableau résume ce que je conseille selon la taille et l’organisation. Les ordres de grandeur sont ma recommandation de praticienne, pas une norme : aucun texte n’impose de ratio de secouristes en santé mentale.
| Contexte | Qui former en priorité | Pourquoi | Ordre de grandeur conseillé |
|---|---|---|---|
| TPE, moins de 20 salariés, un site | La personne qui porte les RH, plus un salarié volontaire d’une autre fonction | On ne va pas parler d’une difficulté personnelle au dirigeant | 2 personnes |
| PME de 20 à 100 salariés, mono-site | Le ou la RRH, plus deux à trois volontaires d’autres services, dont au moins un non-cadre | La diversité des fonctions compte plus que le nombre de personnes formées | 3 à 4 personnes |
| ETI ou PME multi-sites, réseau d’agences | Un référent par site, jamais uniquement au siège ; y inclure des élus volontaires du CSE | La proximité fait tout : un secouriste à 300 kilomètres n’est pas un recours | 1 par site, plus 1 au siège |
| Horaires décalés, travail de nuit, salariés itinérants | Des secouristes présents sur les mêmes créneaux que les équipes concernées | Un dispositif calé sur les heures de bureau ne couvre ni la nuit, ni la route | 1 par roulement |
| Toutes tailles, en transverse | Des managers de proximité, uniquement volontaires | Le manager voit les signaux en premier, mais son rôle hiérarchique complique la confidentialité | Selon les volontariats, jamais d’office |
Pourquoi pas « tout le monde »
Former tout un effectif produit un effet contre-intuitif : quand tout le monde est secouriste, plus personne ne l’est. Plus de nom identifié à qui s’adresser, plus de rôle assumé, plus de suivi, et un budget consommé en une fois.
Une sensibilisation collective a toute sa place, mais ce n’est pas le même objet. C’est pour cela que j’anime aussi une fresque pour parler de la santé mentale au travail : l’atelier touche un collectif entier en une demi-journée, là où le PSSM forme quelques personnes en profondeur.
Pourquoi pas seulement les RH
Les RH doivent être formés, c’est une évidence. Mais s’ils sont les seuls, le dispositif est bancal : un salarié en difficulté va rarement les voir en premier, parce que la fonction porte aussi les décisions de contrat et de discipline. Dans les entreprises où j’interviens, la personne à qui l’on parle d’abord est presque toujours un collègue de proximité.
Le critère qui prime : le volontariat
Un secouriste désigné sans avoir rien demandé fera le minimum et ne sera pas sollicité. Je préfère quatre volontaires convaincus dans une entreprise de 200 personnes que quinze noms placés d’office. Second critère : la disponibilité réelle, car le rôle prend vingt minutes dans une journée déjà pleine.
Ce que ça change dans une équipe
Ce que j’observe quand je reviens dans une entreprise plusieurs mois après une session, ce n’est pas un flot de situations révélées. Le premier effet est lexical : les mots existent, et l’on peut dire « je ne vais pas bien en ce moment » sans que la conversation s’arrête. Le blocage est bien là : dans son étude sur l’absentéisme du 9 juin 2026, Malakoff Humanis relève que « la moitié des salariés concernés n’ose pas aborder le sujet en entreprise ».
Le deuxième effet est le délai. Les mêmes travaux montrent que la santé mentale est devenue la première cause des arrêts longs : les troubles psychologiques, dépression et burn-out en particulier, sont en 2025 le motif de 37,8 % des arrêts de plus de 30 jours, contre 30,3 % en 2020. Un secouriste ne fait pas baisser ces chiffres à lui seul ; il raccourcit le temps pendant lequel une personne reste seule.
Le troisième effet est plus discret : beaucoup de managers évitent le sujet par peur d’ouvrir une porte qu’ils ne sauront pas refermer. Savoir où passer le relais lève cette peur.
Enfin, une formation ne remplace pas une politique de prévention. L’article L. 4121-1 du Code du travail prévoit que l’employeur prend les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des travailleurs, l’article L. 4121-2 pose les neuf principes généraux de prévention et l’article R. 4121-1 impose de transcrire l’évaluation des risques dans le document unique. Le PSSM s’inscrit dans cet ensemble, il ne s’y substitue pas. Ce que j’écris là est un repère général : sur un cas précis, faites valider par un avocat en droit social ou votre service de santé au travail.
Trois erreurs que je vois souvent
- Former en silence. Des secouristes dont personne ne connaît le nom ne servent à rien : l’annonce interne et l’affichage des contacts font partie du dispositif.
- Désigner d’office. Sans engagement personnel, il n’y a pas de secouriste, il y a une ligne dans un plan de développement des compétences.
- Ne rien prévoir après. Sans temps d’échange entre secouristes ni mise à jour des relais, les personnes formées restent seules avec des situations lourdes, et le dispositif s’éteint tout seul.
Ce que je conseille après chaque session : une annonce interne nommant les secouristes, une fiche à jour des relais, et un point collectif deux fois par an, jamais sur des situations individuelles, uniquement sur la façon dont le rôle se vit.
Ce que cet article ne couvre pas
- Votre situation particulière : la répartition des secouristes dépend de votre organisation réelle et de votre historique social.
- Les modalités de financement, qui varient selon votre OPCO et votre plan de développement des compétences.
- Les obligations juridiques de l’employeur en matière de risques psychosociaux, l’inaptitude, le harcèlement ou le retour après un arrêt long : chacun mérite l’avis d’un avocat en droit social ou de votre service de santé au travail.
- Toute conduite à tenir face à une personne précise : rien ici ne remplace un avis médical ou psychologique.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la formation PSSM ?
Le format standard est de deux jours (Egora, 24 avril 2026). Ils peuvent être consécutifs ou espacés de quelques jours, ce que je recommande plutôt : l’intervalle laisse le temps de digérer les mises en situation. L’essentiel reste la présence continue, car la progression est cumulative.
Faut-il un profil particulier pour devenir secouriste en santé mentale ?
Non : aucun prérequis de diplôme, de fonction ni d’ancienneté. Comptent le volontariat, une disponibilité réelle et une capacité à écouter sans vouloir résoudre. J’ai formé des agents de production, des assistantes de direction et des dirigeants. Les plus sollicités ensuite ne sont presque jamais ceux qu’on avait anticipés.
Le PSSM est-il obligatoire pour l’employeur ?
Aucun texte n’impose de former des secouristes en santé mentale. L’article L. 4121-1 du Code du travail pose une obligation de sécurité couvrant la santé physique et mentale, mais il n’en découle pas d’obligation de formation. Sur ce que votre situation impose réellement, faites valider par un avocat en droit social ou votre service de prévention et de santé au travail.
Peut-on former des managers, ou est-ce contre-productif ?
On peut, et c’est souvent utile, à deux conditions : le volontariat plutôt que la désignation, et la clarté des rôles. Un manager formé reste un manager, avec un pouvoir hiérarchique qui limite ce qu’un collaborateur lui confiera. Je conseille donc de former en parallèle des personnes sans lien hiérarchique.
Que se passe-t-il si un secouriste tombe sur une situation qui le dépasse ?
C’est prévu, et c’est le cœur du programme : le secouriste oriente, il ne soigne pas. Face à une situation grave ou à un doute, son rôle est de passer le relais au médecin du travail, au médecin traitant ou à un psychologue, et d’appeler le 15 en cas de danger immédiat. Le 3114 existe aussi pour lui.
Par où je commencerais
À votre place, je ferais trois choses avant de regarder un calendrier de sessions : identifier les personnes vers qui les salariés vont spontanément aujourd’hui, vérifier que la liste des relais est à jour, puis demander qui est volontaire, sans présélection.
Si vous voulez en parler pour votre organisation, regardez la formation PSSM que j’anime et écrivez-moi via la page contact : je vous dirai franchement si le dispositif est adapté, et par quoi commencer si ce n’est pas le cas.
Sources
- « La barre des 300 000 secouristes en santé mentale formés en France franchie » : Egora, 24 avril 2026. Lire l’article
- Étude Absentéisme 2026, communiqué de presse : Malakoff Humanis, 9 juin 2026. Consulter le communiqué
- Arrêté du 17 juin 2026 (dispositif Mon soutien psy) : Journal officiel, texte JORFTEXT000054273988. Consulter le texte
- Annuaire des psychologues conventionnés : Assurance Maladie. Accéder à l’annuaire
- Code du travail, article L. 4121-1 (obligation de sécurité, santé physique et mentale) : Légifrance
- Code du travail, article L. 4121-2 (principes généraux de prévention) : Légifrance ; article R. 4121-1 (document unique d’évaluation des risques).
- INRS, « Principes généraux de prévention : ce qu’il faut retenir », inrs.fr
- Ministère du Travail, « Les services de prévention et de santé au travail (SPST) » : travail-emploi.gouv.fr


