Actualité : La 37e édition des Semaines d’information sur la santé mentale se tient du 5 au 18 octobre 2026, sur le thème « Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts ». Placée sous le haut patronage du ministère de la Culture, elle vise à promouvoir la santé mentale, déstigmatiser les troubles psychiques et fédérer. La thématique s’appuie sur un rapport publié en 2019 par l’Organisation mondiale de la Santé, fondé sur plus de 3 000 études. Un support visuel et collectif pour ouvrir la parole : c’est exactement la logique de l’atelier dont je parle ici (Collectif national des SISM, communiqué de presse, avril 2026).
Cet article s’adresse aux RRH, responsables formation et directions de site qui cherchent par quoi commencer sur la santé mentale. J’anime cet atelier de sensibilisation en entreprise : je décris ici ce qui s’y passe, ce qui s’y dit, ce qui n’y a pas sa place, et ce que j’observe ensuite dans les équipes.
Une fresque pour parler de la santé mentale au travail est un atelier collaboratif de sensibilisation, animé en petit groupe : les participants relient eux-mêmes organisation du travail, facteurs de risque, signaux d’alerte et ressources d’aide. L’objectif n’est pas de former des spécialistes, mais de rendre le sujet dicible en entreprise.
Ce qu’est une fresque pour parler de la santé mentale au travail
Le mot « fresque » désigne une famille d’ateliers collaboratifs dont le principe est toujours le même : on ne fait pas cours, on fait construire. Les participants manipulent des cartes, les relient, justifient les liens posés, et le contenu se dépose au fil de la discussion au lieu de descendre d’un diaporama.
Appliqué ici, ce format donne un atelier où un groupe reconstitue les liens entre ce qui se joue dans le travail, ce que cela produit sur les personnes, les signes qui doivent attirer l’attention, et les ressources vers lesquelles orienter quelqu’un. C’est ce que je propose sous le nom d’une fresque pour parler de la santé mentale au travail. J’anime cet atelier sous licence (voir la page dédiée sur mon site) : le contenu et la pédagogie relèvent d’un programme cadré, je n’improvise pas mes cartes.
Ce que j’observe, session après session, c’est que la mécanique fait le plus gros du travail. Demandez à des collègues de parler de santé mentale à froid : personne ne commence. Demandez-leur de placer une carte et d’expliquer pourquoi elle va là plutôt qu’ailleurs : tout le monde parle, et vingt minutes plus tard, on ne parle plus de cartes.
Comment se déroule une session
L’accueil et la mise en confiance
Je pose le cadre avant de distribuer quoi que ce soit. Trois règles : ce qui se dit dans la salle reste dans la salle ; on parle du travail et de ce que l’on observe, pas de la santé de qui que ce soit ; personne n’est tenu de parler de soi. C’est cette troisième règle qui, paradoxalement, fait le plus parler : elle enlève la pression. Je précise aussi que je suis RH et formatrice, pas soignante, et que l’atelier ne pose aucun diagnostic.
Le travail collectif autour du support
Le groupe reçoit un jeu de cartes et doit les ordonner : ce qui se passe dans le travail, ce que cela produit, ce que cela donne à voir, et vers quoi se tourner. Les désaccords sont la matière première : quand deux personnes ne placent pas la même carte au même endroit, elles s’expliquent, et c’est dans cette explication que le vécu arrive. Mon rôle est de relancer, de corriger les contresens fréquents entre stress, épuisement professionnel et dépression, et de ne pas donner la réponse trop tôt.
Quand j’anime cet atelier, ce qui me frappe le plus, c’est le moment où le groupe cesse de se tourner vers moi pour se parler entre soi. Tant que les participants attendent que je valide leurs cartes, ils restent dans le scolaire ; dès qu’ils s’interpellent, ils parlent de leur travail.
La restitution
Chaque sous-groupe présente sa carte, et les points communs apparaissent : mêmes facteurs, mêmes angles morts. Je termine systématiquement par les ressources : qui fait quoi en interne, le service de prévention et de santé au travail, le 3114, l’annuaire officiel des psychologues conventionnés du dispositif Mon soutien psy, et les repères d’information publique réunis par Santé publique France. Un atelier qui s’arrêterait au constat, sans ouvrir sur les relais, serait un atelier raté.
Ce qui se dit, et ce qui ne se dit pas
Ce qui se dit : des situations de travail concrètes, des périodes difficiles déjà traversées, des collègues dont on s’est inquiété sans savoir quoi faire. Il arrive qu’une personne formule à voix haute ce qu’elle n’avait jamais dit dans ce cadre.
Ce qui ne se dit pas, et que je redirige : les situations individuelles nominatives, les conflits en cours avec une personne identifiable, et tout ce qui relève du soin. Quand quelqu’un vient me parler à la pause d’une situation personnelle (cela arrive souvent) je ne la traite pas dans l’atelier. J’écoute, et j’oriente.
Où s’arrête mon rôle. Je suis RH, formatrice et animatrice de cet atelier ; je ne suis ni médecin, ni psychologue. Une sensibilisation ne remplace jamais un avis professionnel. Pour une situation individuelle, les bons relais sont le médecin du travail, le médecin traitant ou un psychologue. En cas d’urgence vitale, le 15. Face à une souffrance psychique ou un risque suicidaire, le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24h/24 et 7j/7.
Deux versions : tout public et managers
Il existe deux versions de cet atelier santé mentale en entreprise, et la distinction n’est pas commerciale : elle répond à deux besoins qui ne se recouvrent pas. Un salarié qui découvre le sujet a besoin de comprendre et de se sentir autorisé à en parler. Un manager, lui, se retrouvera en position d’accueillir la parole de quelqu’un.
La question qui revient le plus souvent quand j’interviens auprès de managers, c’est « ai-je le droit de demander à quelqu’un comment il va ? ». Elle dit tout de l’inconfort : la crainte d’être intrusif, et celle de ne pas savoir quoi faire de la réponse. C’est précisément ce que la version managers travaille.
| Version | Public visé | Objectif | Ce qu’on en retire |
|---|---|---|---|
| Tout public | L’ensemble des salariés, tous métiers et tous niveaux | Poser un socle commun : de quoi parle-t-on, quels facteurs jouent, quels signes alertent, à qui s’adresser | Un vocabulaire partagé, moins de gêne à nommer les choses, la connaissance concrète des relais |
| Managers | Managers de proximité, cadres, chefs d’équipe, direction | Travailler la posture : que faire quand un collaborateur ne va pas bien, jusqu’où va le rôle du manager | Des repères pour engager la conversation sans se substituer à un soignant, et une frontière claire entre écouter, orienter et décider |
Ce que ça change dans une équipe, après
L’effet réel de cet atelier est moins l’information transmise que la parole rendue possible : le contenu se trouve ailleurs, pas le moment où le sujet cesse d’être tabou dans un collectif précis.
Le besoin est documenté. Dans son communiqué du 9 juin 2026 sur l’absentéisme, Malakoff Humanis relève que « la moitié des salariés concernés n’ose pas aborder le sujet en entreprise », alors même que la santé mentale y est présentée comme la première cause des arrêts longs. L’obstacle n’est pas seulement l’ignorance : c’est le silence.
Ce que je vois remonter dans les semaines qui suivent :
- Un vocabulaire commun. On cesse d’appeler « burn-out » tout ce qui va mal, et de dire « il est fragile » pour « il est en difficulté ».
- Des relais identifiés. Le service de prévention et de santé au travail, ou la ligne d’écoute existante, cessent d’être des lignes sur un intranet.
- Des managers qui osent poser la question, parce qu’ils savent quoi faire de la réponse.
- Des conversations qui n’auraient pas eu lieu. Dans les PME industrielles où j’interviens, il arrive régulièrement que deux personnes se parlent, à la pause suivante, d’un sujet resté en suspens depuis longtemps. Rien de spectaculaire, et pourtant c’est l’effet recherché.
Une réserve honnête : cet effet s’éteint s’il n’y a rien derrière. Un atelier isolé, là où la parole n’a aucune suite, produit de la déception, et la déception coûte plus cher que l’inaction.
Ce que cet atelier n’est pas
Je préfère le dire avant de le proposer : les malentendus sur ce point abîment durablement la confiance d’une équipe.
- Ce n’est pas un groupe de parole thérapeutique. On n’y travaille pas sur soi, et je n’ai ni la formation ni le mandat pour cela.
- Ce n’est pas un audit des risques psychosociaux. Un atelier ne mesure rien, n’échantillonne rien, et ne remplit pas votre document unique ; une démarche de prévention des risques psychosociaux, telle que la décrit le ministère du Travail, obéit à une tout autre logique.
- Ce n’est pas un substitut à une démarche de prévention. Si la charge, les délais ou le mode de management sont en cause, l’atelier les rendra visibles ; il ne les corrigera pas.
- Ce n’est pas un moment de soin. Personne n’y est pris en charge. On y apprend à qui s’adresser, et rien de plus.
C’est un point d’entrée, souvent le premier que l’on puisse poser là où le sujet n’a jamais été ouvert. L’obligation de sécurité de l’employeur, énoncée à l’article L. 4121-1 du Code du travail, couvre explicitement la santé mentale des travailleurs : la sensibilisation en fait partie, elle ne l’épuise pas. Ce que j’écris ici est un repère général ; sur un cas précis, faites valider par un avocat en droit social ou par votre service de prévention et de santé au travail.
Le contexte va dans le même sens : le Plan santé au travail 2026-2030, présenté le 5 juin 2026, retient parmi ses cinq priorités « la promotion de la santé mentale, grande cause nationale 2025-2026, et la prévention des risques psychosociaux ».
La suite logique : la formation PSSM
Quand une entreprise sort d’une fresque de sensibilisation à la santé mentale en entreprise et demande « et maintenant ? », la réponse la plus solide est de former quelques personnes en profondeur. C’est l’objet de la formation Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM), qui dure deux jours.
Le dispositif n’a rien de confidentiel : selon Egora, rendant compte le 24 avril 2026 d’un communiqué de PSSM France, la barre des 300 000 secouristes formés en France a été franchie, avec de l’avance sur l’objectif fixé pour 2027.
Ce que je constate quand une entreprise enchaîne les deux, c’est que les volontaires pour la formation viennent d’abord du groupe qui a fait l’atelier. La sensibilisation ne convainc pas tout le monde, et ce n’est pas son rôle : elle révèle celles et ceux qui veulent aller plus loin.
Un point à ne jamais laisser dans le flou : le secouriste en santé mentale oriente, il ne soigne pas. Il n’établit pas de diagnostic, ne prescrit rien, ne suit personne. L’articulation que je recommande : l’atelier pour tout le monde, la formation PSSM pour un noyau volontaire, et une communication interne qui dit qui sont ces personnes et ce qu’elles peuvent faire.
Ce que cet article ne couvre pas
- Le contenu pédagogique carte par carte : il relève du programme sous licence et se découvre en séance.
- Les obligations juridiques de l’employeur en matière de risques psychosociaux et de document unique : sur votre situation, prenez un conseil spécialisé.
- La conduite à tenir face à une situation individuelle : le relais est le médecin du travail, le médecin traitant ou un psychologue, pas un article de blog.
- Une mesure d’impact chiffrée de l’atelier : je n’ai pas de donnée robuste à avancer, et je préfère l’écrire.
- Un diagnostic organisationnel : si votre sujet est la charge ou le management, la sensibilisation ne sera pas la bonne première brique.
Questions fréquentes
Faut-il des connaissances préalables pour participer ?
Aucune. L’atelier est conçu pour des personnes qui n’ont jamais abordé le sujet, et la mécanique collaborative fait que celles qui en savent le moins parlent autant que les autres. Ni préparation ni lecture préalable ne sont demandées. La seule chose utile est de venir avec l’idée qu’on y parlera du travail, pas de la vie privée de quelqu’un.
Cet atelier remplace-t-il une démarche de prévention des risques psychosociaux ?
Non, et il faut le dire avant de programmer une session. Une sensibilisation agit sur les représentations et sur la capacité à en parler. Elle n’évalue pas les risques, ne modifie pas l’organisation du travail et ne remplit pas le document unique. Elle se combine bien avec une démarche de prévention, mais ne s’y substitue jamais.
Peut-on mélanger managers et non-managers dans le même groupe ?
Pour la version tout public, oui, à condition que la ligne hiérarchique directe des participants ne soit pas surreprésentée. Pour la version managers, je recommande de rester entre pairs : les questions de posture (jusqu’où demander, que faire de ce qu’on reçoit) se travaillent plus librement sans les équipes présentes.
Que se passe-t-il si un participant parle de sa propre situation ?
Cela arrive, et le cadre posé en début de séance sert précisément à cela. Je n’installe pas la personne au centre du groupe et je ne traite pas sa situation dans l’atelier. J’accueille ce qui est dit, je le remets dans un propos général, puis je reprends contact à la pause pour orienter vers le bon interlocuteur : médecin du travail, médecin traitant ou psychologue.
Quelle différence avec la formation PSSM ?
C’est une différence de format et d’ambition. L’atelier est une sensibilisation collective et courte, qui ouvre le sujet pour tout le monde. La formation PSSM dure deux jours et forme des secouristes capables de repérer des signes, d’entrer en relation et d’orienter, sans jamais soigner ni diagnostiquer. L’un ouvre la porte, l’autre construit une compétence durable.
Si vous envisagez cet atelier chez vous
La bonne question de départ n’est pas « combien de personnes sensibiliser », mais « qu’est-ce qui existera le lendemain pour celles qui auront parlé ». Si vous voulez regarder ce qui a du sens dans votre organisation, écrivez-moi : je vous dirai honnêtement si l’atelier est la bonne première brique, ou s’il vaut mieux commencer autrement.
Sources
- Collectif national des SISM, communiqué de presse, avril 2026 : Semaines d’information sur la santé mentale 2026. Consulter
- Malakoff Humanis, communiqué de presse, Paris, 9 juin 2026 : étude Absentéisme 2026. Consulter
- Egora, 24 avril 2026 : « La barre des 300 000 secouristes en santé mentale formés en France franchie ». Consulter
- INRS : « Lancement du Plan santé au travail 2026-2030 », plan présenté le 5 juin 2026. Consulter
- Code du travail, article L. 4121-1 : Légifrance, consulté le 2 septembre 2026. Consulter
- Ministère du Travail et des Solidarités : « Risques psychosociaux », consulté le 2 septembre 2026. Consulter
- Assurance Maladie : Mon soutien psy, annuaire officiel des psychologues conventionnés, consulté le 2 septembre 2026. Consulter
- Santé publique France : dossier « Santé mentale », consulté le 2 septembre 2026. Consulter


